Supercheries
Cet intérêt se trouve dans le regard qu’on en a aujourd'hui.
Ce que j’apprécie
dans le cinéma du XXe siècle, c’est le côté artisanal qui nous
fait croire à une possibilité de reconstituer nous-même les effets
spéciaux chez soi. Une sorte de cinéma « naïf ». Des
astuces simples qui ne demandent pas beaucoup de connaissances en
matière de montage. Ses astuces ou même ce que j’aime nommer
« supercheries » apportent toute la touche étrange au
visionnage. C’est ce qui marque l’écart entre la réalité et le
virtuel. À la fois, une supercherie » est réelle et le
fait de la voir, de voir qu’elle existe et voir comment elle est
faite accentue ce réel. Ce qui est censé nous emporter dans une
autre dimension nous renvoie au réel par la compréhension de cette
« supercherie », c’est ce passage entre réel et irréel qui
est intéressant, ses aller-retour.
Souvent
énigmatiques, on questionne sur la façon de faire et on cherche
notre propre manière de réaliser ces effets spéciaux. Le bras dans
« Meshes of the Afternoon » de Maya Deren, me fait cet effet,
au début, je trouvais ça presque anodin de voir passer un long bras
devant la caméra puis après plusieurs visionnages ça en devient de
plus en plus étrange, comment on-t-il fait pour que le bras vienne
du dessus sans voir autre chose que cela ? Comment ce mouvement
est-il possible ? Comment se fait-il qu’il soit aussi rigide,
ont-ils pris une perche dans ce cas il l’on sûrement fabriqué eux
même ce bras existerait donc seul et sans corps ? Et si jamais
il appartenait à quelqu’un cette personne serait incroyablement
grande et flexible, elle aurait dû se voûter pour pouvoir y faire
descendre son bras tout en le laissant statique et rigide… Ce type
de « supercheries » volontaire ou non, provoque et
questionne l’imaginaire. On se questionne finalement davantage sur
le hors champ plutôt que sur ce qui nous est montré. Ce que l’on
ne voit pas nous interroge. C’est aussi le cas en photographie
lorsqu’on voit dans une photo de la série avec André Breton et le
groupe des surréalistes au « Désert de Retz » par
Denise Bellon (1960), le fil apparent semble tenir un œuf accroché
à une coiffe étrange recouvrant l’intégralité du visage de son
porteur. Par ailleurs, en revenant sur cette photographie, je suis
rendue compte qu’il n’y avait pas de fil, mais que « l’œuf »
était juste posé sur la coiffe, la courbe de celle-ci nous faisait
croire à un affaissement dû à la lourdeur de l’objet suspendu,
mais il n’en est rien. Dupé par l’illusion d’une supercherie.
Ce sont les
techniques les plus flagrantes qui nous questionnent davantage la
forme que sur le fond. Dans « A Trip to the Moon » de
Georges Méliès en 1902, on avait sûrement là les techniques les
plus réalistes pour l’époque pour traiter des décors par
exemple. Mais hors contexte cela pourrait aussi être un choix
volontaire que de faire apparaître la manière dont l’image a été
créée sur l’image elle-même provoquant ainsi une mise en abyme.
Passion à dose homéopathique
J’y vois dans la passion, une activité, un thème dans lequel on y
voue tout ce que l’on possède et dans lequel on cherche toute
forme de satisfaction. À la fois, on donne et on reçoit.
On est prêt à
donner ce qui nous est de plus cher : du temps, de l’argent
pour accomplir une passion. Pour apporter à cette passion. On reçoit
de la satisfaction, de la connaissance ?
Je saurais mal
définir la passion puisque je crois ne jamais y avoir été sujette.
Je la vois chez certains passionnés de musique, dessin, autre. Ils
placent dans cette passion tous leurs espoirs.
Peut-être n’ai-je
jamais été passionnée ou peut être la passion ne se voit-elle que
chez les autres par notre propre regard. La passion entraîne aussi
une volonté d’évolution dans ce domaine qui d’un point de vue
extérieur nous appartient. Mathieu H par exemple fait de la vidéo.
Il a un caméscope de très bonne qualité, il semble bien savoir
faire des prises de vues et s’intéresser au sujet. Je lui ai alors
juxtaposé l’étiquette de celui à qui l’on fait appel lorsqu’on
a besoin de filmer. Le fait de connaître Matthieu comme étant à ce
jour un bon vidéaste de mon entourage semble me bloquer, m’empêcher,
me refuser à essayer de faire de la vidéo. Peut-être son
importance est trop lourde pour pouvoir l’égaler, je baisse donc
les bras ? On voit ici une rivalité, un esprit de compétition, qui
sachant d’avance qu’il ne pourra être assouvi, ne se tente pas à
essayer de gagner.
Je suis à la
recherche de « mon truc ». À la recherche de ce truc
dans lequel tu deviens spécialiste. Il ne s’agit pas forcément
d’un thème, ça peut être une pratique, une idéologie. Le thème
limite bien des choses. Pour définir un thème, on s’arrête
d’abord sur un mot. « Ce truc » peut simplement être
un savoir-faire particulier… Ce truc, on l’étudie sous toutes
ses coutures.
Quel est mon truc ?
Une pensée microbioscopique - Extrait
Bienvenue dans le monde des mortels,
bienvenue
dans mon monde, une pensée microbioscopique.
Historique
non-exhaustif de mes émotions.
Je suis à l’Ouest.
J’y pars.
Mes
pensées sont à l’Ouest.
Depuis
Rennes, j’observe les Vosges de loin.
L’amie
me rappelle à quel point c’est une terre de violence pour
quelqu’un comme moi.
J’ai
tendance à l’oublier.
Mais les Vosges de
près, c’est la fraîcheur, la liberté.
Joie 1
[Une
amie, Uxegney]
L’été
vosgien, une friche industrielle, une amie d’enfance, on construit
des radeaux miniature, on visite une friche en plein été, on met
nos pieds nus dans l’eau fraîche. On dessine, on raconte des
histoires. Je crois que je l’aime.
On s’installe dans
la forêt, chacun de notre côté dans une tente, on n’ose pas se
toucher. On nage dans les étangs. On rit fort. On voit les étoiles
en forêt de nuit. Feu de camp, chamallow. On dort dans un
champ. On couche à côté des autres. Les vaches nous réveillent.
On joue. On rit.
Première paire de
dr martens. Je sens que mon ancrage est solide.
Interlude
[Crainte]
Un garçon
m’embrasse. Sans me demander.
Au
collège, une cour, des ados. Un cercle tempétueux.
Une
fille au centre. On crie « elle est bi » on crie « c’est
dégueulasse ». Le garçon jette la première pierre. La pionne
arrive et sort la fille de la situation. Que manquait-il pour une
lapidation publique ? Un instant plus long, une foule plus
vive ?.
Joie 3
[Punk
not dead]
18 ans, un
appartement, l’autonomie, la vie. Une amie, elle part, une école
d’art, des rencontres, une licence, un groupe d’amis, iels
partent toustes, un master, un deuil, le covid, mamie maman et moi à
la maison. Une génération de femmes qui s’épaulent. Mamie
malade, maman lui donne ses cachets. Moi triste, maman m’écoute.
Maman forte.
La Lorraine devient
le Grand Est.
Nancy, je pars, le
Grand Est, toujours là.
Les Vosges d’un
peu plus loin, un groupe d’amis, des concerts de punk, une
librairie anarchiste, des rendez-vous féministes. Je comprends qui
je suis, ce qui m’a façonné, ce qui m’a fait mal.
J’aime une femme, puis deux. La liberté, des concerts. Elle et
moi. Mon corps n’a pas peur. Il se montre. Il explose à
l’extérieur. Joie. Tétés à l’air. Confiance.
Interlude
[Mots
morts]
Mes
mots ne sortent pas.
Mes
mots sont volés constamment.
Mots
morts.
Mes
mots passent par 12 000 filtres avant de sortir.
J’ai
l’impression que mes mots ne passent pas. Je dis le minimum.
Constamment.
On me
pose une question, je réponds le minimum.
On me
demande si ça va, je dis oui. Point.
Mes
mots s’effacent au fil du temps.
Un
jour, ils reviennent. En face à face avec celleux que je connais
depuis longtemps.
Joie 5
[Orquis]
Une
communauté.
Animatrice.
Recherche d’emploi Rennes. Pas prise. Emploi Vosges accepté. Joie.
Je la retrouve. Un collectif queer se forme là-bas. Joie. Collectif.
Pancartes. Affiches. Paroles. Queer des campagnes Antifa. Local. Safe
Zone. Stand dans champ. Joie.
Emploi, dream life,
passion. Festiqueer. Je lui dis je t’aime une fois. Douceur. Elle
ne parle plus. Je ne la comprends pas. Elle disparaît petit à
petit. Je m’effondre. On se quitte. Je l’aime toujours.
Interlude
[Sensations]
Une pensée de l’infime,
le goût
l’odorat.
Un parfum qui se déplace de gauche à droite
mes joues picotillent
Un
parfum synthétique quel qu’il soit m’agresse, il provoque du feu
dans ma gorge, il fait froncer mes sourcils. Le passage d’un être
à ma droite m’effleure. Picotement de joues, fraîcheur.
Cheville
gauche. Ce qu’on appelle la douleur, la gêne permanente, constante
Une
salle avec des tapis m’oppresse.
Un
homme qui se rapproche a moins de 10 cm de moi provoque des
fourmillements dans tout mon corps. La température augmente dans mon
cerveau. Mes muscles se tendent.
La
télévision m’agace, je ne sais pas quand rire ni pleurer. Suivre
les images, les sous-titres et l’histoire c’est trop. Mon regard
se focalise sur l’un ou l’autre de ses élément et peine à
prendre du recul.
Conception
du temps. Dans le café, il n’y a plus d’heure. Deuxième carafe
d’eau cela signifie que je suis là depuis longtemps. C’est une
conception mécanique du service.
Du
temps à tuer.
Du
temps à ne pas tuer.
Du
temps à explorer.
Le
corps en activité
La
lenteur me plaît, elle permet de percevoir et de sentir de manière
précise. De voir l’infime, la mouchette qui vole au-dessus des
tables du café, qui vole d’assises en assises.
Toucher
ma nuque en douceur en faisant des ronds entraîne une énergie
joyeuse dans mon cerveau, des frissons dans tout mon corps. Mes
paupières se baissent sans ordre. Mon cortex pré frontal se détend.
Se soulage.
Lorsque
je bois de l’eau, je sens la fraîcheur de mes dents, je les
visualisent blanches au contact de l’eau froide. Gorge thyroïde.
Je sens qu’il y a là un mécanisme technique, habituel. J’entends
la force de ma gorge qui traverse mes oreilles internes.
Particulièrement celle de gauche.
Un
jour, on m’a donné des mots, et je me suis mise à penser le monde
différemment.
Avril
2024, 25 ans, un burn-out, une dépression, un élan vital.
Aujourd’hui
soleil,
Je vis au hasard des
situations.
À la recherche
d’une combinaison adéquate entre moi et mon environnement.
Vivre à 50 %
et l’accepter.
Avoir les mots,
c’est avoir le pouvoir. Inventer de nouveaux mots, c’est redonner
du pouvoir aux minorités.
Une vie artistique :
Les enfants sont les meilleurs individus pour entrevoir la justice.
Envoyer des poèmes, envoyer des lettres de motivations poétiques.
Perdre un livre volontairement. Le donner à un.e inconnu.e
Dans une bibliothèque, mélanger les livres et les catégories.
Rien n’est grave, c’est gravé dans le marbre.
On me rappelle que «personne n’est irremplaçable» que je suis
remplaçable.
Je refuse la tristesse, la peine, la douleur. Elle sort sans me
demander.
14 degrés, ventueux.
À quand les cascades de joies, les flot de rires,
les sourires sur les visages les couleurs dans les villes ?
Que la fête soit belle et que le mirage de l’utopie personnalisée se rapproche
Démocratie
Peut-être la révolte n’est pas la meilleure solution pour se débarrasser de l’état. Il suffit de voir comment un gouvernement se met en place. Il suffit de voir comment on peut finir par accepter un état totalitaire. Ce n’est certainement pas par la révolution (sous-entendu violente et activiste). Mais plutôt par la séduction progressive, l’éveil des populations.
Légalié
Il est illégal de s’approprier un espace public.
Il est légal de jeter des grenades F1 selon les forces de l’ordre.
Il est illégal de tuer un être humain.
Il est légal de lui mutiler un membre par accident.
Il est illégal de mener un projet collectif qui ne rentre pas dans les normes établies.
Il est légal de commander une armée pour les expulser.
Il est illégal de construire un projet autonome écologique.
Il est légal de polluer à outrance.
La légalité ne rime pas toujours avec la justice.